Les quatre grands quotidiens français

Alors que l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM) dévoile ce jeudi soir sa dernière enquête One 2016 et révèle une forte hausse globale des quotidiens nationaux, arrêtons nous sur quatre d’entre eux. Histoire, leaders, orientation, connaissez-vous vraiment les journaux que vous lisez chaque jour ?

Le Monde, l’international

Fondé en 1944 par Hubert Beuve-Méry sous l’impulsion de Charles De Gaulle qui souhaitait un grand journal indépendant traitant de l’actualité internationale, le quotidien se positionne côté centre-gauche (bien que parfois centre-droit). Son objectif ? Être une référence en matière d’actualité internationale en France. Les journalistes du Monde se distinguent par leur extrême indépendance, comme en témoigne la Société des rédacteurs qu’ils ont créé qui a un poids prépondérant dans la ligne éditoriale du journal.

En 1981, le Monde soutiendra la campagne présidentielle de Mitterrand. La même année, il va être concurrencé par le Figaro qui aura plus une image d’indépendance face au pouvoir. Pour se remettre dans la course en tête, fin des années 80, les journalistes vont chercher à sortir de grandes affaires pour faire oublier son passé tourné vers la diplomatie. Cette nouvelle formule va fonctionner : le quotidien va trouver un nouveau souffle et renouer avec une certaine audience mais provoquera de nombreux conflits. Edwy Plenel va être débarqué de la direction pour ce changement de ligne et va fonder Mediapart dans les années 2000. Avec les années, le Monde va progressivement devenir dépendant des grandes sociétés économiques et la Société des rédacteurs perdra en puissante.

Le Figaro, le conservateur gaulliste

Fondé en 1826, c’est le quotidien national français le plus ancien. Fruit d’une véritable évolution dans sa ligne éditoriale, il prend à ses débuts la forme d’un journal satirique contestataire du régime en approuvant par exemple la Révolution de 1830 et en devenant de plus en plus ouvertement républicain (favorable à une transformation du régime). Son lectorat est éclectique : le bourgeois comme l’ouvrier le lit. Mais en prenant position contre la commune de Paris en 1870, il va adopter une posture républicaine modérée. Pendant la IIIè République (1870-1939), le Figaro est donc républicain-centriste.

Après la Seconde Guerre Mondiale, il va être racheté par des courants gaullistes de (centre-)droite pour prendre à la suite de la libération une orientation encore plus marquée à droite. Se définissant comme un journal libéral, républicain (par ses origines) et conservateur (par ses opinions de droite), les journalistes du Figaro continuent toutefois à revendiquer leur indépendance. Depuis 2004, la propriété économique du Figaro appartient à Serge Dassaut, à la fois chef d’un groupe industriel (vente d’armes, aéronautique…) et député Les Républicains, ce qui ne manque pas de susciter le débat sur la véritable indépendance du journal. Il reste néanmoins le premier journal le plus diffusé en France en 2016 avec plus de 305 000 exemplaires chaque jour.

Libération, le « libéral-libertaire »

Fondé en 1973 par un groupe de post-mai 68 proche de la gauche prolétarienne (dont des maoïstes soutenus par des philosophes), « Libé » est avant tout un journal d’entre deux-guerres par ses idées révolutionnaires. Cette faculté à se positionner comme un journal de résistance est d’ailleurs ouvertement revendiquée. Dirigé par Jean-Paul Startres, le quotidien se démarque par son système d’égalité : les journalistes dirigent le journal en collaboration avec la direction et tout le monde a le même salaire. Mais les problèmes économiques et le manque de lectorat aura pour cause de nombreuses formules du journal, plus ou moins réussites. Fin des années 70, le mouvement de résistance s’essouffle.

La ligne éditoriale de la fin des années 80, marquées pour sa grande période néo-libérale, devient libéral-libertaire, qui colle à la période. Dans les années 2000, le journal connait de nouveaux des difficultés financières et Serges July, co-fondateur du journal, est poussé à la démission en 2006 après avoir obtenu l’entrée de capitaux privés dans le groupe. Aujourd’hui, Libération appartient à Bruno Ledoux et Patrick Drahi, dont se dernier arrive à convaincre la direction du journal de déménager des locaux historiques du 3è arrondissement pour un immeuble appartenant au groupe Altice. La Société des rédacteurs est néanmoins toujours chargée de veiller à l’indépendance journalistique du quotidien, même s’il avait soutenu Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle de 2007, le marquant de plus en plus à gauche. La stratégie actuelle du quotidien, après plusieurs années de crise, est de tourner davantage « Libé » vers le web pour se relancer.

L’Humanité, le militant

Fondé en 1904 par Jean Jaurès qui travaille à l’unification des partis socialistes, l’homme va financer lui-même l’Humanité, journal qui servira de tribune aux socialistes. Si à ses débuts les difficultés économiques s’accumulent, le quotidien restera toutefois indépendant économiquement. A partir de 1911 jusqu’à 1920, l’Humanité devient l’organe du Parti Socialiste (qui a pour nom à l’époque la SFIO). C’est donc une ligne éditoriale pacifique, antimilitariste. En 1920, au Congrès de Tours, l’Humanité est transféré au Parti Communiste.

En 1939, en pleine période de guerre, le journal est officiellement interdit. Mais ses rédacteurs ne s’avouent pas vaincu et lance une version clandestine. A la libération, l’Huma connaît une période d’apogée, récompensé pour sa résistance durant la guerre. Profitant de l’engouement pour le journal, il se dote d’une nouvelle ligne éditoriale, centrée sur l’antifasciste et l’antistalinisme. Si durant la Guerre d’Algérie le journal est bousculé, dans les années 90, le journal va se rénover une nouvelle fois pour se détacher progressivement du Parti communiste. Mais l’Humanité ne va pas se séparer des ennuis économiques pour autant : son principal revenu, en dehors des aides de l’Etat et des abonnements, se situe avec l’organisation de la Fête de l’Humanité (600 000 participants par an) ainsi que des évènements sportifs. En 2014, après plusieurs années d’effondrement constant de son lectorat, le quotidien compte quelques 30 000 lecteurs quotidiens.

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