Affaire Grégory : trente-trois ans d’énigmes

C’est l’une des grandes affaires judiciaires de ces dernières années. Parce qu’elle fut marquée par une erreur judiciaire retentissante. Parce qu’aussi, malgré trois décennies d’enquêtes et de rebondissements, l’espoir d’un dénouement se fait toujours attendre. Mais avec les nouvelles révélations de cet été 2017, le « cold-case » prend désormais un nouveau tournant.

C’est l’histoire d’un triste drame. Un drame qui débute un soir d’automne 1984. En ce 16 octobre, vers 17 heures, dans la petite commune de Lépanges-sur-Vologne, Grégory Villemin, quatre ans, disparaît alors qu’il jouait dans le petit parc situé en face du domicile familial. Moins de trente minutes plus tard, un membre de la famille Villemin reçoit un appel téléphonique d’un mystérieux « corbeau ». Celui-ci l’informe du crime qui vient de se produire. Le corps noyé du garçonnet, pieds et poings liés, sera retrouvé vers les 21h15, dans les eaux froides de la Vologne.

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Une lettre de menace du « corbeau »

De cette enquête, le corbeau semble en être la clé. En effet, dès le lendemain du drame, les parents de Grégory, Jean-Marie et Christine, reçoivent à leur domicile une lettre anonyme. « J’espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con ». Les enquêteurs estimeront à 17h15, le jour même du drame, l’expédition du courrier. En réalité, ce dernier vient ponctuer quatre ans de menaces téléphoniques quotidiennes à l’encontre du couple Villemin. Comme du reste de la famille : les grands-parents recevront également près de huit cents coups de fil de ce « corbeau à la voix rauque ».

 

La police comprend très vite que la mort de Grégory n’était qu’une vengeance personnelle à l’ascension sociale des époux Villemin, Jean-Marie ayant été promu contremaitre dans son usine. Les regards se braquent alors très vite (trop vite surement) sur Bernard Laroche, cousin germain de Jean-Marie. C’est sa belle-soeur, Murielle Bolle, qui l’accuse : l’homme renfermerait en lui une forte rancœur face à la réussite de son cousin. Mais faute de preuves suffisantes, ce dernier sera libéré par les juges. Furieux, Jean-Marie, qui croit tenir le coupable, l’abat d’un coup de fusil en mai 1985. Il sera condamné à cinq ans de prison pour son crime. A partir de cet instant, la mort de l’enfant devient prétexte à un véritable conflit intrafamilial.

Peu à peu, l’enquête se tourne vers Christine, la mère de Grégory. On lui reproche d’avoir été vu le jour du drame au bureau de poste, là où fut envoyée la lettre de revendication. Des cordelettes seront également retrouvées dans la cave de la famille, les mêmes qui ont permis d’attacher l’enfant dans la Vologne. En cet été 1985, Christine se voit inculpée d’assasinat par les juges. Elle devient à présent pour beaucoup la mère meurtrière, la coupable idéale. Ce n’est que sept ans plus tard, dans un non-lieu retentissant, que la justice reconnaît l’insuffisance des preuves dans le dossier. Coup d’éclat dans le monde du droit qui connait une nouvelle erreur judiciaire.

Quinze ans après le drame, une première réouverture de l’enquête va être demandée. Mais les nouvelles investigations, concentrées principalement sur les analyses ADN, ne donnent rien. Le dossier est aussitôt clos. C’est le début, pour les époux Villemin comme pour la justice, d’une course contre le délai de prescription, qui est à ce moment là fixé à 2011.

La ténacité des parents de Grégory pour connaitre la vérité paie : en 2008, ils arrivent à faire réouvrir une nouvelle fois le dossier. Grâce aux nouvelles technologies à la disposition de la police scientifique, les enquêteurs retrouvent les traces ADN d’un homme et d’une femme sur un timbre de la lettre du corbeau. Ces traces ne concordent pas avec celles des parents de Grégory qui sont une bonne fois pour tout innocentés.

Mais l’affaire va patiner avec le temps, les petites découvertes ne permettront pas de faire plus grandes avancées. Jusqu’à ce 14 juin 2017. Trois personnes proches de la famille Villemin sont placées en garde à vue. Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grande-tante de Grégory, sont mis en examen pour enlèvement et séquestration suivie de mort, et placés en détention provisoire. La justice leur reproche des similarités dans les écritures manuscrites avec les lettres du « corbeau ». Cette avancée significative dans l’enquête s’appuie une nouvelle fois sur la technologie scientifique, et notamment le logiciel Anacrim, qui a permis de centraliser les douze mille pièces de l’affaire.

Ces nouveaux rebondissements marqueront peut être un tournent inédit dans cette affaire qui intrigue, effraie et passionne à la fois. Mais le temps presse désormais : le délai de prescription  ne court que jusqu’en 2018. D’ici là, le couple Villemin espère connaitre le fin mot de l’histoire, pour faire leur deuil. Mais aussi pour que le petit Grégory puisse, enfin, reposer en paix.

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