Le Vénézuela, un pays au bord du chaos

De nombreuses manifestations ont entaché dimanche l’élection de l’Assemblée constituante. Il faut dire que le scrutin est particulièrement contesté par l’opposition au gouvernement de Nicolas Maduro, qui y dénonce une dérive dictatoriale. Cet épisode se révèle être le point d’orgue d’une triple crise dans le pays qui débute en 2013.

Rien ne prédestinait le Vénézuela à pareille crise politique. Le pays, producteur de pétrole, vivait jusqu’alors de ces exportations. Mais l’annonce de la mort d’Hugo Chavez le 5 mars 2013, dirigeant plébiscité des vénézuéliens, précipite un homme au-devant de la scène : Nicolas Maduro. Président par intérim dans un premier temps, il entreprend des mesures très contestées (candidature à la présidentielle, serment…) par l’opposition, minoritaire à l’époque. Il sera néanmoins élu Président de la République bolivarienne du Vénézuela le 14 avril 2013, avec 50,6% des voix. Un score très bas qui témoigne, déjà, de la profonde division de la population envers son nouveau chef.

Le bras de fer

Dès les premiers mois de son mandat, Maduro doit faire face à une double crise. D’abord économique, avec la chute brutale des cours du pétrole, qui fournissait au pays l’essentiel de ses revenus, puis sociale, avec une pénurie alimentaire et médicamenteuse.  En réponse à la nouvelle politique, la population plébiscite la coalition d’opposition, Table de l’unité démocratique, lors des élections législatives de 2015. Les adversaires de Maduro entrent majoritairement à l’Assemblée Nationale, le Président, lui, accuse une sérieuse défaite. Cet instant marque le début d’un bras de fer entre l’exécutif et le législatif.

Profitant de sa popularité, la majorité parlementaire demande la mise en place d’élection présidentielle anticipée, afin de faire élire un nouveau Président. Selon elle, la défaite aux législatives et la politique contestée de Maduro ne peuvent plus assurer au président une véritable légitimité pour gouverner. Mais ce dernier refuse et esquive les référendums en faveur de sa révocation et les procès pour sa destitution. S’ouvre alors une nouvelle crise, politique cette fois. Maduro obtient de la Cour Suprême (qui lui est favorable) de retirer tout pouvoir au Parlement vénézuélien. L’opposition, majoritaire à l’Assemblée, riposte par la mise en place d’une grève générale. Le pays est paralysé.

Le « coup d’État »

Mais les rapports se cristallisent un peu plus et arrivent à leur paroxysme le 29 mars 2017. La Cour Suprême (composée en majorité des proches de Maduro) met véritablement le feu aux poudres en annonçant la dissolution du Parlement vénézuelien et en s’octroyant en retour ses pouvoirs. L’opposition dénonce très vite un « coup d’État ». Malgré le revirement de la Cour suprême quelques jours plus tard, le mal est fait : une partie du pays est dans la rue pour protester contre la politique du gouvernement. La répression policière y est féroce : plus de 120 morts en à peine quatre mois.

Parallèlement au soulèvement populaire, les institutions politiques vénézuéliennes sont ébranlées : le Parlement, la Cour Suprême ou encore le Ministère de l’intérieur se font attaqués en juin et juillet 2017. Nicolas Maduro réplique en annonçant la convocation d’une assemblée constituante chargée de réformer les institutions. Cette décision est très vite contestée par l’opposition : la future Constitution ne prévoit pas d’être adoptée par référendum, pourtant la norme dans le pays.

Réécrire la Constitution

Tandis que le président Vénézuélien peut toujours compter sur une partie de la population favorable à sa politique et sur l’armée du pays qui lui a récemment renouvelée sa confiance, les États voisins appellent Maduro à stopper les violentes répressions sur l’opposition et à garantir le droit à manifester, conformément aux droits de l’Homme. Les États-Unis qualifient même le président Vénézuélien de « dictateur » et annonce l’instauration de sanctions, économiques et juridiques, « sans précédent » pour le pays. Plus que jamais isolé à l’international, Maduro voit, quant à lui, la main des américains derrière le soulèvement populaire comme une volonté du pays hégémonique de l’écarter du pouvoir.

Nicolas Maduro n’entend néanmoins pas lâcher le pouvoir. Il peut d’ailleurs compter sur les nombreux candidats, proches du président, élus ce dimanche pour former l’Assemblée constituante. Cette dernière doit se réunir à partir de demain dans l’enceinte même de l’Assemblée nationale pour réécrire l’actuelle Constitution. Pour l’analyste Benigno Alarcon, le nouveau texte permettrait au président en place de se maintenir au-delà de l’échéance présidentielle de 2018, mais surtout de « gouverner sans les limites qu’impliquent des institutions autonomes [comme le Parlement ou le Parquet] ». Pour preuve, Maduro a d’ores et déjà affirmé qu’il prendrait le mandat du Procureur général, opposant au régime, si ce dernier ne rentrait pas dans les ordres.

Aux lendemains de l’élection, l’opposition tente toujours de se faire entendre par la rue, faute d’avoir pu présenter leurs candidats à la Constituante. Mais les adversaires devront faire sans leur principaux leaders, Leopoldo Lopez et Antonio Ledezma, tous deux arrêtés par les agents des services de renseignements du Venezuela. Si la crise politique s’enlise, le pays plongera à coup sûr dans une guerre civile qui s’annonce chaotique.

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